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Crise climatique et logement

Fonte du pergélisol, inondation, vague de chaleur, montée des eaux, gentrification verte : la crise climatique affecte la crise du logement.


En raison des changements climatiques, on estime que 200 millions de personnes devront quitter leur région ou leur pays d’ici 2050 (Banque mondiale). Cet état de situation est corroboré dans la recherche menée par Sean A. Kidd, professeur agrégé au Département de psychiatrie de l'Univiersité de Toronto. Dans une recherche déposée en 2021 au Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, Kidd et son équipe expliquent :


"si les changements climatiques ont de plus en plus de répercussions profondes sur la santé et le bien-être de l’ensemble de la population, force est de constater que leurs impacts touchent tout particulièrement les personnes et collectivités marginalisées, en particulier les millions de personnes mal logées ou en situation d’itinérance dans le monde.
De nouvelles données probantes montrent que les changements climatiques limitent l’accès au logement et perturbent les conditions de vie des personnes démunies, provoquent des vagues de migrants climatiques qui se retrouvent sans toit et entraînent souffrance et détérioration de l’état de santé chez les personnes les plus exposées aux phénomènes météorologiques extrêmes. "

Qu'en est-il des enjeux climatiques et de leurs répercussions sur la crise du logement au Québec et dans notre région ?



Fonte du pergélisol


Près de 50% du pergélisol terrestre se trouve en sol canadien. Or, des communautés entières ont construit leurs villes et villages sur ces sols et devront faire face à de sérieux enjeux d'insalubrité et de déplacement. En raison des changements climatiques, le pergélisol fond, ce qui "entraîne un affaissement des sols qui menace les routes, les aéroports et, bien sûr, les bâtiments. La boue crée de l’insalubrité par endroit, alors qu’ailleurs, les communautés seront bientôt forcées de totalement reconstruire leurs quartiers ou de carrément les déplacer" (FRAPRU).


Au Québec, le pergélisol est principalement présent dans le nord du Québec, plus précisément au Nunavik où 14 communautés inuites* y vivent ainsi qu'une communauté crie*. C'est plus de 13 700 personnes qui habitent ce territoire et qui feront face à une crise climatique qui affectera dramatiquement leur milieu de vie.


  • *Communautés inuites: Akulivik, Aupaluk, Inukjuak, Ivujivik, Kangiqsualujjuaq, Kangiqsujuaq, Kangirsuk, Kuujjuaq, Kuujjuarapik, Puvirnituq, Quaqtaq, Salluit, Tasiujaq, Umiujaq

  • *Communauté crie : Whapmagoostui


Inondations


La Gaspésie a connu son lot d’inondations importantes ; en 2020, c’est 280 habitations qui ont été isolées en raison des inondations dans l’ensemble de la région gaspésienne. En 2021, à Grande-Vallée, douze familles ont été déplacées, la maison des aînés a été évacuée et 25 personnes résidentes ont pris refuge dans la salle communautaire. Et c’est sans compter les inondations de 2007 à Gaspé où 250 personnes ont été évacuées et où deux personnes ont perdu la vie.


Les fortes pluies, ainsi que les inondations, sont de plus en plus fréquentes, causant de plus en plus de dégâts aux infrastructures, dont aux maisons et logements. La tendance à la hausse de ce phénomène météorologique contribue à “renforcer les tensions sur un marché du logement déjà malmené par la spéculation immobilière dans de nombreuses régions et affectent particulièrement les locataires pauvres qui n’ont souvent pas les moyens de se payer des assurances.” (FRAPRU).



Montée des eaux


"[En Gaspésie], avec la montée constante du niveau de la mer et la disparition progressive de la glace côtière, des submersions seront plus probables lors des tempêtes automnales et hivernales, et plus dommageables pour les infrastructures et les résidences en raison notamment de la hauteur et de la puissance des vagues " (Adaptation aux changements climatiques : défis et perspectives pour la région de la Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine). Par exemple, aux Îles-de-la-Madeleine, on prévoit perdre 80 mètres de côtes d'ici 2050.


Le 9 décembre 2021, le Centre Intact d’adaptation au climat (CIAC) de l’Université de Waterloo publiait un guide ainsi qu'un plan d'action afin de protéger les zones côtières, dont celles à l'est du Canada, c'est-à-dire les côtes du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des autres provinces maritimes. Les termes sont sans équivoques: on y parle d'urgence d'agir, d'empressement et de désastre à éviter (La Presse).


Et pourtant, dès 2017, certains journaux relayaient les inquiétudes d'experts quant à la montée des eaux dans notre région. Dans un reportage publié dans Le Devoir, Thierry Haroun rapportait les propos de l'écologiste et scientifique David Suzuki, en visite à Percé. On sait que la fonte des glaces du Groenland et de l’Arctique amènera une "hausse importante du niveau de la mer, en mètres. Les tempêtes seront de plus en plus fortes, et c’est les régions comme la Gaspésie qui vont s’en ressentir le plus". Nous n'avons qu'à penser à la tempête de 2015 où la ville de Percé a été secouée par une importante tempête; les vagues ont atteint douze pieds et détruit plusieurs infrastructures (Radio-Canada / vidéo). Alors que ce portrait est déjà des plus inquiétant, le Pôle d'innovation sur la climatologie régionale estime que "dans quelques décennies, le type de tempête qui a frappé Percé sera deux fois plus destructrice" (Radio-Canada).



Vague de chaleur


Tous ne sont pas égaux devant les vagues de chaleur... Pour Carly Ziter, professeure associée à l’Université Concordia et spécialiste en écologie urbaine, " les résidents à faible revenu qui vivent dans les zones les plus chaudes sont aussi ceux qui ont une capacité d'adaptation plus limitée [face aux canicules] "(propos rapporté par Radio-Canada). Plus une personne a un revenu faible, se trouve dans une situation de précarité et est marginalisée, plus son milieu de vie est propice aux vagues de chaleur.



Gentrification verte


La gentrification verte (l'embourgeoisement vert) décrit “les processus de gentrification urbaine facilités en large partie par la création ou la restauration d’un aménagement environnemental” (Hugo Jabbour qui rapporte les propos de Gould, K. et al. (2012))



Les personnes ayant le plus de revenus prennent possession des meilleurs milieux de vie; proximité des services, des parcs, des espaces verts... En région urbaine dense, les quartiers ouvriers ainsi que les quartiers qui accueillent une population immigrante sont souvent les endroits où on retrouve le moins d'espace vert et donc avec plus d'îlots de chaleurs. Or, en raison de la logique marchande qui encadre l'accessibilité au logement, le verdissement de ses îlots de chaleurs amène une augmentation des loyers et donc... une gentrification verte.


“Tous deux exploités au profit des plus riches, la nature et les pauvres ont le même ennemi : un système économique basé sur une croissance supposément infinie, sans redistribution des richesses. C’est pour cela qu’un bouleversement total de la pensée productive et consommatrice est nécessaire. La bonne nouvelle, c’est que lutter contre la crise écologique et lutter contre les inégalités économiques et sociales requièrent la même revendication : une transition écologique, démocratique et inclusive. "

Suggestion de lecture

Les livres proposés sont accessibles à l'une des bibliothèques suivantes: bibliothèque du campus de Gaspé, bibliothèque de la ville de Gaspé, BanQ.


  • Faire partie du monde : réflexions écoféministes. Collectif ; textes récoltés par Marie-Anne Casselot et Valérie Lefebvre-Faucher, 172 p.

  • S’indigner, oui, mais agir. Serge Mongeau, Montréal, Écosociété, 2014, 92 p.

  • Pour une écologie du 99% : 20 mythes à déboulonner sur le capitalisme. Frédéric Legault, Arnaud Theurillat-Cloutier, Alain Savard ; illustrations de Clément de Gaulejac, 293 p.

  • La caution verte : le désengagement de l'État québécois en environnement. Louis-Gilles Francoeur, avec la collaboration de Jonathan Ramacieri ; préface de Robert Laplante, 216 p.





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